Zosime:Benford : Un paysage du temps

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Gregory Benford : Un paysage du temps (Denoël, 1980)

Sommaire

Lecture

L'auteur

Gregory Benford (né en 1941) est un écrivain de science-fiction américain, plus particulièrement de hard science-fiction, et un physicien spécialiste du Plasma, professeur de physique à l'Université d'Irvine en Californie.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Gregory_Benford

Le récit

En 1963, un physicien, Gordon Berstein, voit son expérience sur la résonance nucléaire perturbée par des parasites qui pourraient être des messages venus du futur. En 1998, l'humanité est au bord du gouffre à cause d'une pollution chimique qui provoque une mutation du milieu marin mettant en péril l'écologie de la planète. Pour remédier au désastre, des chercheurs tentent d'envoyer des messages vers le passé grâce à des tachyons, particules supraluminiques (plus rapides que la vitesse de la lumière dans le vide — selon la relativité, il est équivalent d'être supraluminique et de remonter le temps). Ces deux récits convergent peu à peu vers ce qui pourrait être un paradoxe temporel.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Un_paysage_du_temps

Passé non effacé (vol.1 p.62)

Alors qu'on s'interroge sur les habituels paradoxes temporels, Marjorie pose une question aussi simple que déroutante :

« C'est tellement bizarre de penser que des gens du passé sont réels » dit-elle d'un ton lontain.
« C'est-à-dire qu'il est difficile d'imaginer qu'ils sont des êtres vivants, que nous pouvons intervenir sur leur existence, en somme... »

Cette question pose naïvement la problématique de déplacement sur la ligne du temps au-delà de tous les paradoxes : même si je ne vais pas dans le passé tuer mon grand-père avant qu'il mette mon père au monde, même si je ne vais pas me rencontrer moi-même, même si je ne vais pas me rassembler avec des milliers de touristes temporels dans la foule assistant à un super-événement, malgré que je ne fasse rien de tout cela ni rien de dangereux pour l'histoire, simplement voir maintenant, sans intervenir dans leur vie, des gens qui ont vécu dans le passé suppose que ces gens sont demeurés quelque part dans l'espace temps.

L'hypothèse que Marjorie trouve bizarre sans la développer, et qui n'a pas semblé gêner les savants travaillant sur le projet de communiquer avec leurs ancêtres, peut se formuler ainsi : tandis que je me déplace dans l'espace-temps de l'instant t1 vers l'instant t2, le moi 1 de l'instant t1 reste figé dans l'espace-temps 1 et c'est un nouveau moi, moi 2, qui se crée dans l'espace-temps 2 dont la coordonnée temporelle est t2 ; le déplacement d'un unique moi à travers les différents instants de l'espace-temps ne serait qu'illusion. La métaphore du film illustre parfaitement l'hypothèse : nous voyons un personnage sur l'écran qui semble se mouvoir mais en réalité, on nous projette vingt-cinq ou trente images fixes par seconde de ce personnage ; tandis qu'on regarde la soixantième image, la première existe toujours même si nous ne la voyons plus et la six-centième existe déjà même si nous ne la voyons pas encore.

John Wheeler et Richard Feynman (vol.1 p.107) : une onde vers le passé ?

Wheeler et Feynman sont évoqués comme les théoriciens de l'onde avancée : deux ondes sont diffusées lorsqu'on émet un signal radio dont celle que nous recevons, l'onde retardée, et une autre qui remonte le temps, l'onde avancée. Laquelle atteint la matière (imperceptiblement puique nous n'en faisons pas l'expérience) avant que le signal ait été émis. En pratique, explique Makham (le personnage exposant la théorie en question), ces ondes s'annulent par d'autres ondes, comme lorsque l'on jette un grand nombre de cailloux dans l'eau.


John Archibald Wheeler (9 juillet 1911 - 13 avril 2008) est un physicien théoricien américain. Il eut notamment comme élève Richard Feynman, dont il dirigea la thèse. Il dirigea également la thèse d'Everett qui introduisit l'interprétation de la mécanique quantique connue sous le nom des « univers multiples ».

Pour son quatre-vingt-dixième anniversaire, en 2001, Max Tegmark lui dédia dans Scientific American un article passant en revue quatre types d'univers multiples envisageables.

http://fr.wikipedia.org/wiki/John_Wheeler


Richard Phillips Feynman (11 mai 1918 – 15 février 1988) est l'un des physiciens les plus influents de la seconde moitié du XXe siècle, en raison notamment de ses travaux sur l'électrodynamique quantique relativiste, les quarks et l'hélium superfluide.

Il développa aussi les diagrammes de Feynman, un outil qui permet de conceptualiser et de faciliter le calcul des interactions entre particules dans l'espace-temps, notamment les interactions entre l'électron et son antiparticule, le positron. Ces diagrammes lui permettaient de travailler avec des concepts qui auraient pu être moins approchables sans ceux-ci : comme la réversibilité du temps. Les diagrammes de Feynman sont maintenant indispensables pour la théorie des cordes et la théorie M, et ils ont été étendus de façon topologique. L'idée de créer de tels diagrammes vint à Feynman avec le fait qu'en utilisant le modèle des sphères dures, les interactions pouvaient être pensées comme des collisions en première approximation. Il a fallu attendre des décennies pour que les physiciens pensent à analyser les nœuds des diagrammes de Feynman de façon approfondie, les lignes des diagrammes devenant des tubes pour des objets plus compliqués comme les cordes.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Richard_Feynman
http://fr.wikipedia.org/wiki/Diagramme_de_Feynman

Interprétation transactionnelle de la mécanique quantique

On retrouve la question de l'onde avancée et l'onde retardée dans the transactional interpretation of quantum mechanics : TIQM :

L'interprétation transactionnelle de la mécanique quantique (transactional interpretation of quantum mechanics : TIQM) est une interprétation peu commune de la mécanique quantique qui décrit les interactions quantiques sous la forme d'une onde stationnaire formée par la combinaison d'une onde précédant la particule (en avance dans le temps) et d'une onde suivant la particule (en retard dans le temps), elle décrit tout évènement quantique comme étant une « poignée de main » entre l’onde avancée et l’onde retardée. Cette interprétation a été proposée pour la première fois par John Cramer en 1986. Il indique que cette façon de voir les choses est plus intuitive, évite le problème philosophique du rôle de l'observateur dans l'interprétation de Copenhague, et résout divers paradoxes quantiques.
L'existence d'ondes avancées et retardées en tant que solutions admissibles aux équations de Maxwell fut déjà proposée par Richard Feynman et John Archibald Wheeler en 1945 (et sont cités dans l'article original de John Cramer). Cela leur a permis de résoudre le problème de l'énergie propre de l'électron. Cramer a repris l'idée des deux ondes pour son interprétation transactionnelle de la théorie quantique.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Interprétation_transactionnelle_de_la_mécanique_quantique

Tachyons (vol.1 p.109)

Puisque les ondes avancées sont annulées par d'autres ondes (suivant ce que les protagonistes du roman ont avancé plus haut), le voyage dans le temps ne semble pas possible. Markham rejette cette objection dans le cas des tachyons car ceux-ci n'entrent pas en interaction avec la matière comme des ondes radio. En outre, ils se déplacent à une vitesse supérieure à celle de la lumière.

Le terme tachyon a été pour la première fois utilisé en 1964 par le physicien Gerald Feinberg. Il vient du grec ancien tachus signifiant rapide.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Tachyons

Cependant, dans l'ouvrage de Benford, il est question de tachyons en 1963 (voir notamment ci-dessous p.196)

Espace-temps (vol.2 p.192-196)

Gordon emprunte à son beau-père des livres d'astronomie (p.192), étudie le déplacement du soleil (p.194), puis explique à Claudia Zinnes qu'on ne peut capter les signaux que lorsqu'Hercule monte au-dessus de l'horizon (p.196).

Le signal vient bien de l'espace, donc en fait de l'espace-temps.

Il parle de tachyons alors qu'il vit en octobre 1963 (voir ci-dessus).

Théorie des boucles. Multi-univers (vol.2 p.267)

L'essence du paradoxe était la possibilité d'issues mutuellement contradictoire, et l'image d'une boucle de causalité selon Tanninger [personnage non réel, semble-t-il] ressemblait à celle des ondes de mécanique quantique. La différence n'apparaissait que dans l'interprétation de l'expérience. Dans l'image de Tanninger, une sorte de fonction ondulatoire, semblable à la veille fonction quantique, donnait les différentes issues de la boucle de paradoxe. Mais la nouvelle fonction ondulatoire ne décrivait pas de probabilités — elle révélait des univers différents. Quand une boucle se formait, l'univers était partagé en deux univers nouveaux. Si la boucle était du type simple quelqu'un-retourne-dans-le-passé-tuer-son-grand-père, il en résultait un univers où le grand-père vivait tandis que le petit-fils disparaissait. Il réapparaissait dans un second univers, ayant remonté le Temps, où il avait abattu son grand-père et continué sa vie, traversant les années à jamais transformées par son acte. Nul, dans l'un ou l'autre univers, ne pouvait penser que le monde où il vivait était paradoxal.

Tous les auteurs voulant échapper au paradoxe ne s'en sortent que par une explication d'univers parallèles.

Dans le récit de Benford, Kennedy n'est pas mort, l'attentat a échoué. Gordon, l'homme qui a reçu les messages du futur d'un monde parallèle revoit même Markham, l'homme qui les a émis depuis ce futur qui n'aura jamais lieu dans le monde où ils vivent. Il s'agit donc plutôt d'un double du Markham de l'autre monde qui, lui, ne mourra pas dans un accident d'avion.

Origine et destinée se confondent (vol.2 p.274)

Ainsi, aux yeux de l'homme, l'univers explosait à partir d'un point initial à cause de ce qui serait et non de ce qui s'était passé.

Conclusion

L'auteur appartient sans conteste à la SF dure (hard science-fiction), c'est-à-dire qu'il cherche à prendre en compte dans sa fiction les découvertes des sciences dites dures. Cela peut rendre l'ouvrage un peu difficile (dur pour ne pas échapper au jeu de mots) mais passionnant dans la mesure où les spéculations deviennent crédibles.

La particularité de ce voyage dans le temps est qu'aucune personne physique ne se déplace. Cependant si le déplacement de l'onde vers le passé paraît en soi tout à fait plausible, on constate que les paradoxes demeurent dès lors que cette onde transporte une information susceptible de faire réagir des gens présents dans un passé.

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